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       Le blog d'Elsia et son regard sur le monde : c'est varié (éclectique, même), culturel ou pas, musical et très vidéo, passionnant de toute façon, émouvant évidemment. Un blog dix-huit étoiles, minimum.

       Le site du Mammouth déchaîné : histoire de rire de notre quotidien de futurs professeurs, un peu d'humour ne nous fera pas de mal. Douze étoiles, mais mise à jour quelque peu irrégulière.

       Une association de professeurs, Sauver les lettres : pour qui s'intéresse à la sauvegarde de l'enseignement de la littérature. Le meilleur de ce que je préfère, sur leur site, est ici, , encore là, un autre morceau, et, pour finir, ici. Mais tout n'est pas du même tonneau...

       Les mots sont importants : coanimé par Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, ce site consacré à l'observation de la langue dans les médias m'a particulièrement intéressé. Leurs "études de cas", qu'on soit d'accord ou pas avec le contenu des textes, sont particulièrement intéressantes, et leur manifeste a le mérite de la clarté.

       Acrimed : un site d'observation et de critique des médias, comme son nom l'indique. Clair, organisé, régulièrement mis à jour, classement thématique de certains sujet, et un moteur de recherches qui marche. Une saine lecture, qu'on ait ou pas la télévision.

      

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Les choses belles

Mercredi 13 septembre 2006

       Un fois n'est pas coutume, j'ai aimé un roman par lettres. Il est contemporain, il parle de toutes les complications de ce qui ne s'appelle pas l'amour, il est pur, net et sobre, et il pratique assidûment ce petit mot que j'aime beaucoup : "vous".

      

       A l'évidence, vous ne me répondrez pas est en réalité un faux roman épistolaire ; le lecteur ne dispose que des lettres de la femme, nous ne savons jamais si l'homme répond ou pas, nous ignorons tout de ses interventions. On assiste, en cinq temps, à la valse lente des idées, des sentiments aussi, à l'hésitation-tango (un pas en avant, un pas en arrière) de la narratrice, qui s'interroge sur elle et sur l'autre. Pas moyen de le désigner autrement : cet Autre omniprésent, prétexte et sujet de presque toutes les lettres, il n'est jamais appelé que "vous". Elle lui parle de politique, de son enfance, de la vie quotidienne, elle le hait, elle le désire, elle lui parle d'amour et il est "vous". Ce fantôme d'homme, plus jeune, malléable sans doute, pâte d'humanité qu'elle pétrit avec une férocité et une ironie sans complexes, parce qu'elle est plus âgée, plus intelligente, plus cultivée, parce qu'elle ne vit pas pareil, n'est au début qu'un miroir, une possibilité pour la femme de se raconter, de se voir, déformée tout de même par cet élément irrémédiable : il est un homme, pas elle.

 

       J'ai aimé ce roman pour la fausse forme épistolaire, à mi-chemin entre les lettres et le journal intime, pour l'écriture droite et pure, sans un mot de trop, sans un mot imprécis, pour l'ironie mordante et désabusée de cetaines réflexions et pour le personnage principal. Cette femme qui se dit vieillissante, qui s'obstine à le répéter, qui fait de ce qu'elle considère comme une faiblesse une force face à la jeunesse pâle et falote de l'homme, elle est émouvante. Dans son envie de vivre encore, de ne pas devenir "une dame", dans son refus des contraintes sociales liées à son sexe - elle est célibataire, sans enfants, sans attache d'aucune sorte -, par son ambiguïté dans sa relation avec son amie V., c'est avant tout un portrait de femme moderne qui ne renie rien de ce qui l'a formée : l'indifférence, la volonté d'être plus, ou d'être mieux, de vivre complètement. J'ai aimé que ce personnage se mette en scène tandis qu'elle laisse l'autre être un "vous" anonyme et modelable par le lecteur.

 

       Allez, pour finir, un petit topo sur l'auteur, et au passage on signale que le livre a été publié chez L'Harmattan : Sylvie Camet est maître de conférences à l'Université d'Angers, elle enseigne la littérature comparée, et elle a publié des essais, entre autres sur les familles d'artistes. C'est mon professeur, aussi.

      

Par Mahault
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Lundi 18 septembre 2006

       On a tous besoin de se sortir du quotidien : quoi de mieux qu'un bon film, pour cela ? Edward aux mains d'argent, même si le film n'est pas de la première jeunesse (1990), est un excellent biais pour filer droit aux pays des rêves et des princesses en robe blanche. C'est l'histoire d'une banlieue américaine bien sous tous les rapports et ennuyeuse à crever, qui voit son existence de carton-pâte bouleversée par une sorte de monstre de Frankenstein. Sauf qu'Edward, puisque c'est le nom de la créature, est gentil. Son inventeur est déjà mort, il n'a malheureusement pas eu le temps de terminer Edward, qui est doué d'un esprit, de la jolie gueule de Johnny Depp, d'une gentillesse et d'une naïveté à toute épreuve, mais qui n'a pas de mains. A la place, des mains d'argent : des ciseaux, des taille-haies, toutes sortes de choses tranchantes très brillantes et plutôt belles. Bien entendu, il va être recueilli par une famille qui a une fille, il va tomber amoureux de l'ado en question, qui a déjà un copain qu'elle n'aime plus, bref, un film "chocolat bleu pâle au kirsch", comme dit une copine belge (c'est l'équivalent de "cucu-la-praline") dans les règles de l'art.

       Sauf que. Sauf que le film est de Tim Burton et qu'à ce titre, il comprend une bonne dose de folie qui n'est pas habituelle dans ce genre de film. Les décors sont magnifiques mais, c'est ce qui fait leur charme, on a toujours l'impression que les bâtiments (enfin, ceux du "vrai monde", en opposition à la banlieue du bas de la colline) sont prêts à s'écrouler, tout est doux à l'oeil, comme dans les vieilles maisons, tout est complètement dingue, surtout. Deux "meilleurs des mondes", celui de l'apparence et celui des rêves, se téléscopent dans ce film, la confrontation est permanente et sans issue, puisque jamais le pâle Edward ne rentrera dans les critères exigés par le monde d'en bas de la colline, celui des apparences : il n'a pas de mains. Un autre atout, indéniable, de cette histoire mi-fantastique mi-conte de Noël est sa musique. Signée Danny Elfman, comme pour beaucoup des films de Burton, celle-ci est peut-être sa meilleure : on y entend tomber la neige.

Par Mahault
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Dimanche 24 septembre 2006

       Dans la série "formation classique oblige", aujourd'hui, en vedette américaine, nous accueillons le jeune Marcel. Il parle, il parle, il cause et il pense, il regarde aussi, c'est son occupation de tous les jours. A mi-chemin entre l'homme et l'encrier vivant, nous te présentons ce soir, public émerveillé, l'auteur de... A la Recherche du Temps Perdu !

       La vie de Proust, si elle vous intéresse, vous la trouverez n'importe où, encyclopédies, dictionnaires, Lagarde et Michard... En revanche, sa principale oeuvre, ce cycle de romans sur la vie d'un homme de la petite enfance à la grande vieillesse, demande un minimum de travaux d'approche. D'abord, procurez-vous tous les bouquins, ou au moins deux ou trois à suivre : pour avoir expérimenté la crise de manque le soir où j'ai fini le premier tome et qu'il me manquait le deuxième, je ne vous la souhaite pas. Ensuite, il faut savoir qu'il est conseillé de les lire dans l'ordre... Une fois que tout cela sera fait, vous pourrez vous plonger dans les aventures du petit, puis du moins petit Narrateur. Qu'on se le dise, qu'on se le répète : La Recherche N'EST PAS un roman autobiographique ! Si vous cherchez du scandaleux (enfin, pour l'époque...), lisez plutôt une bonne biographie de Proust. Autant dire tout de suite que ces romans réclament une bonne dose de lâcher-prise, et du temps. C'est long à lire, et, pour les amateurs de polars, il ne se passe pratiquement rien dedans. La question est ouverte, il semble qu'il ne soit pas possible d'y apporter une réponse nette : le Narrateur a-t-il couché avec Albertine ? Non, l'essentiel du roman est ailleurs.

       Dans ces interminables réflexions sur le temps qui passe, qui file, la vocation, la nécessité de l'écriture, la fatuité des jeunes par la croyance en la supériorité de la jeunesse, dans cette écriture si fluide qu'elle vous enveloppe sans vous laisser jamais respirer, et qui fait qu'on peut lire ces romans sans lever le nez, dans cette réflexion poignante : je ne suis plus jeune et je croyais l'être encore, j'ai perdu mon temps. Dans cette ronde des visages, des noms, des amis qui meurent et des illusions qui les suivent dans la tombe, dans ces passages drôles, vraiment, dans cette constatation amère et vraie, quand on a voulu quelque chose très fort et qu'on l'obtient, c'est toujours moins beau que ce qu'on s'était imaginé. 

       Allergiques au temps qui file, angoissées de vieillir, deux solutions : passez votre chemin ou entreprenez une thérapie de choc. Plongez-vous là-dedans, on ne voit pas le temps passer : vous avez des chances d'en sortir en voyant flotter devant vous des morceaux du visage d'Albertine, la chevelure rousse de Gilberte, la robe de soie rose d'Odette et le personnage grotesque de madame Verdurin, en train de cacher son visage dans ses mains pour faire croire qu'elle rit. Proust a mis en scène, pour mon plus grand bonheur, un théâtre vivant que mettent en branle ses phrases, au rythme inimitable de la respiration humaine.

Par Mahault
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Samedi 2 décembre 2006

       Ce qui s'appelle arriver après la bataille... Le deuxième film de John Cameron Mitchell, Shortbus, est sorti en France il y a déjà quelque temps. En bonne accro à Hedwig and the Angry Inch, je suis allée le voir. Je n'ai pas été déçue. Le cinéma d'art et essai de ma ville présentait ça comme une "quête initatique du plaisir dans une ville en carton-pâte sans courant électrique". C'est juste, mais c'est un peu comme résumer A la Recherche du Temps Perdu en disant "Marcel devient écrivain" : techniquement, c'est exact, mais il manque quand même quelque chose. Ce film est ce qu'il prétend être : il parle de sexe, évidemment, sans fausse pudeur (sans pudeur du tout, d'ailleurs, c'est ce qui le rend intéressant), il parle aussi d'amour, et c'est drôle... Même si j'ai raté un grand moment de rigolade en ne regardant pas assez la télévision pour savoir qui est Jennifer Aniston. Si Shortbus était un film commercial, le sexe serait son argument de vente. Heureusement, ce n'est pas un film commercial, ou alors il se cache bien : le sexe est omniprésent, c'est la base de presque toutes les scènes, et le film réussit à n'être ni violent (je crois aux rapports de pouvoir dans les relations amoureuses, si certains d'entre vous l'ignorent) ni glauque. Jamais. Mais ces scènes sont nécessaires à l'action, à la réflexion, et à la progression du film, la première est remarquablement impressionnante, je ne savais pas que c'était possible d'être aussi souple. Si vous ôtez les scènes considérées comme choquantes et qui ont valu une interdiction aux moins de seize ans à Shortbus, c'est un peu comme si vous tentiez de faire comprendre les causes de la seconde guerre mondiale en montrant un documentaire sur la reproduction des limaces (oui, c'est un jour "métaphores foireuses", le manque de sommeil fait décidément des ravages chez les étudiants) : c'est à côté de la plaque, sans intérêt, et d'un bête point de vue horaire, il ne doit pas rester grand-chose...  Bref, j'ai aimé ce film, pour plein de raisons, aussi parce que je me suis amusée à chercher Hedwig dans ce film où elle n'était pas vraiment mais un peu quand même, et parce que l'actrice qui jouait Sofia est très belle (d'accord, ce n'est pas primordial, mais ça ne gâte rien).

 

Par Mahault
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Mardi 23 janvier 2007

       Cinéma avec un copain de fac, on avait pris un film pratiquement au hasard : ce fut Mauvaise foi. On s'attendait à un film de filles, comédie romantique et/ou dramatique, bref, le moyen de passer un bon moment pas trop fatigant, le prélude idéal au festival de cinéma annuel qui commençait le lendemain (www.premiersplans.org).

       Bon, d'accord, on ne s'est qu'à moitié trompés. Ca commence comme un film de filles. Il est beau, elle est belle, ils s'aiment, elle est enceinte. Conséquence immédiate, présentation aux famillles. Et c'est là que ça se corse : elle est juive, il est musulman. Jusque-là, rien de très original. Sauf que le cinéaste exploite le cliché jusqu'à en faire quelque chose de bien. Les parents de Clara se révèlent absolument odieux, surtout sa mère, et ça part en sucette : les jeunes gens s'engueulent, suspens haletant, qu'est-ce qui va se passer ? Je ne vais quand même pas vous raconter la fin...

       J'ai aimé ce film, il n'entre pas au top dix de mes films préférés de toute la vie, mais quand même. L'histoire tient debout et c'est déjà pas mal, les portraits sont cruels (certes pas tous, mais ça fait du bien au milieu de tous ces films parfumés à la dégoulinade de sirop de guimauve) et SURTOUT ce n'est pas un film bêtement romantique. Il parle d'amour, quand on met en scène un jeune couple c'est difficile d'y échapper, mais surtout d'adaptation et de cassage d'angles, des compromis de la vie à deux. En somme, il me paraît relativement réaliste. Je crois que c'est pour ça que je l'ai bien aimé.

Par Mahault
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Vendredi 9 février 2007

       Un cinéma en solitaire, hier au soir : version "choix au pifomètre, les yeux fermés", ce fut Les ambitieux. Je devrais faire confiance au hasard plus souvent, ce fut un bon choix.

       Une histoire embrouillée de pillage d'héritage spirituel et d'amour, le tout dans le monde cruel de l'édition : en fait, j'aurais choisi le film, même les yeux ouverts. D'autant que Karin Viard y joue, et que j'aime beaucoup cette actrice. Son personnage m'a réjouie : cruelle, cynique, sans aucun respect pour qui que ce soit, méchante, vraiment, profiteuse et hargneuse, une femme comme je les aime sur les écrans de cinéma. En face... Un Rubempré, un jeune écrivain provincial qui monte à Paris et qui couche avec elle. Un vrai Rubempré (d'ailleurs, il s'appelle Demarsay, dans le film, jolie antithèse de la part de l'auteur) sans le suicide à la fin, talentueux et naïf, qui se fait avoir par la télévision comme l'autre, le vrai, celui du roman, par les journaux.

       Un bon fond balzacien, donc, dans ce film, ce qui ne pouvait que me plaire : les principaux noms, sinon tous, sont pris dans La Comédie Humaine, j'ai particulièrement aimé que les Séchard, imprimeurs à Angoulême dans Illusions Perdues, soient éditeurs à Paris dans le film... Un bref détour par Stendhal pour le prénom de Demarsay, qui s'appelle Julien, et nous en arrivons à Judith Zahn, le personnage de Karin Viard. Je n'ai sans doute pas assez lu Balzac, je ne connais pas ce nom-là, à moins que ce ne soit une réécriture d'Esther Gobseck, la maîtresse de Lucien de Rubempré... J'aurais aimé inventer ce nom, il est beau, et ce Z qui claque convient à merveille à la femme qu'il illustre. Cette seconde édition de la duchesse de Langeais s'arrête juste avant le départ au couvent, une histoire qui finit bien, en somme. Cruelle et coquette, comme son modèle, ambitieuse, sans enfants, protégée par ses amants, ne leur en donnant jamais pour leur argent, claquante et superbe, bref, un idéal de jeune homme ambitieux. Seul regret, la magnifique éditrice s'humanise (c'est d'ailleurs un des propos du film, c'est très bien fait, la progression du personnage est crédible) et cette femme, dont le métier est de faire pleurer les auteurs débutants, finit en larmes sur un quai de gare, en province...

       Mais ce qui est pour Antoinette de Langeais une véritable déchéance, attendre à la porte de son amant qui la délaisse, est ici une irrémédiable réussite : Judith Zahn sort de son XIXe froid, cruel et compassé, où l'unique étalon est l'argent, pour un siècle sans repères, sans vraiment de dignité, où l'ultime valeur est l'amour : elle vaut ce qu'elle vaut, cette valeur fausse et finissante, mais elle est là. Et c'est la seule.

 

Par Mahault
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Lundi 5 mars 2007

       Cinéma avec une amie. Evidemment, nous nous sommes précipités sur La Môme, puisque nos parents, amis, voisins de paliers l'ont vu, et que l'avis unanime est "trop top" ou "génial" voire "vachement bien fait". Curiosité bien légitime de voir à quoi ressemble ce chef-d'oeuvre du cinéma contemporain...

       Ils avaient raison, je crois, les gens qui ont trouvé ça bien. Mais vraiment bien. C'est un film étourdissant, bruyant, ça crie dans tous les sens et même que des fois, quand on ferait pas attention, on en perdait les pédales (moi, ça commence par la syntaxe, ça va finir par se voir). Bon, naturellement, si c'était nous qui faisions les prix, on décernerait une super-récompense de patience et de travail à la maquilleuse : impressionnant à quel point la même actrice peut avoir vingt ans, et à peu près quatre-vingt-douze dans la scène suivante.

       Je connais aussi une personne qui n'a pas aimé ce film. Elle a détesté la manière de monter le film "dans le désordre", comme elle dit, puisque le réalisateur a choisi de ne pas maintenir une chronologie linéaire mais de nous mettre sous les yeux, perpétuellement, l'image de la déchéance de la jeune femme que l'on a vu pas belle (ça aussi, c'est un mystère, comment peut-on enlaidir à ce point une jeune femme aussi jolie que Marion Cotillard), mais fraîche, vive et rieuse. J'ai trouvé ce parti-pris intéressant, mais je ne m'y suis faite qu'au bout d'une demi-heure : le temps de lâcher prise, de perdre les pédales et de se laisser emporter par le film.

       Je connaissais Marion Cotillard dans Taxi, pas le sommet de sa carrière, manifestement. Je l'ai vu dans Les jolies choses, et le fait que j'ai détesté son personnage m'a empêché d'admirer le travail de la commédienne. Mais, avec La Môme, elle a vraiment gagné, à mes yeux, ses galons d'excellente actrice.

Par Mahault
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Lundi 12 mars 2007

       Mais la jeunesse, c'est jusqu'à quand ? Cette question existentielle, qui m'a taraudée jusque tard dans la nuit, n'est là que pour saluer le départ en Espagne, pour quelques jours prélude à une année, d'un ami très cher que je n'ai pas envie de voir partir. D'un autre côté, dès qu'il fait quelque chose, dès qu'il va quelque part, il s'améliore, et je l'ai précédé dans le chemin de l'exil Erasmus... avec succès, je crois qu'on peut le dire.

       Eh oui, ma timide et gauche petite personne s'est retrouvée catapultée en Pologne, l'an dernier, entre février et juin. Inutile de préciser que je ne parlais (ni ne parle, d'ailleurs) pas le polonais, que je ne connaissais le pays ni de près ni de loin et que je sais enfin ce que ça fait, d'arriver dans un pays dont on ne maîtrise absolument rien, ni la langue, ni les habitudes, ni même quelques conseils de base (ne jamais boire l'eau du robinet, par exemple...). Un voyage formidable, je le dis d'emblée, mais qui n'a pas forcément commencé sous les meilleurs auspices. Un coup de tête, un amour malheureux pour quelqu'un que je ne devais pas avoir même si ç'avait été possible, j'ai décidé de m'éloigner, pensant naïvement que je laisserais mes problèmes à la maison, dans mon carré d'ici, et puis, j'ai beau aimer l'hiver, celui de la région, lourd et gris, me déprime parce qu'il ne fait pas froid et qu'il pleut. Direction la Pologne, donc, et le département de philologie romane de l'université Nicolas-Copernic. Si mon meilleur ami n'avait pas été là, à Paris, gare du Nord, pour me pousser dans le train, je crois que je serais encore sur le quai : merci, ami cher à mon coeur, d'avoir réinventé pour moi la magie et de l'avoir fait tenir dans un bonbon au caramel.

       Je ne vous parle pas du séjour en lui-même, ce sera pour une autre fois : mon problème aujourd'hui est d'être aussi souriante et optimiste que l'ont été mes amis quand je suis partie alors que j'ai plutôt envie de garder ce jeune homme près de moi. Ce ne serait pas juste. Vous avez été là, tous, vous m'avez écrit, envoyé des courriels, engueulée avec raison, vous vous êtes réjouis avec et pour moi, vous m'avez poussée à partir (ma mère a soutenu avec raison que c'était le moment ou jamais, c'est d'autant plus méritoire que mes parents ont financé mon voyage), vous avez su avoir les mots qu'il fallait pour m'envoyer au bout du monde, au bout de moi, aussi, je me sens moins nulle, un peu plus sûre de moi, un peu plus adaptable au monde comme il est, c'est beaucoup, c'est inestimable.

       Alors, quelles que soient ma tristesse et ma douleur de voir partir pour une année entière, une année complète où nous ne nous verrons pas, cet ami-là, c'est très largement compensé par la joie de ce qu'il va peut-être y voir, y vivre, y apprendre. C'est ce à quoi je pensais, à quatre heures du matin, quand j'attendais vainement le sommeil, en écoutant le temps passer sur ma vieille Swatch laide, craquelée et jaunie, mais dont j'aime le bruit que personne ne supporte, la nuit.

Par Mahault
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Vendredi 30 mars 2007

       Film étrange, vraiment, choisi à cause de la bande-annonce (c'est rare) : on pensait aller voir une parodie au 4000e degré d'un film romantique à midinettes, on avait envie de rire un peu. Finalement, on a ri, mais pas tant que cela : le film vaut mieux que ce que nous pensions. Angel, c'est le prénom de l'héroïne (ça commence mal), une ado pauvre, égoïste et gâtée qui écrit un roman minable à l'eau de rose frelatée : miracle, ça se vend. Elle devient riche et célèbre, etc, etc. Ozon nous fait le coup du "il était une fois", et le prince charmant arrive... Beau (bof), peintre (j'ai détesté les toiles qu'on voit dans le film) et joueur, bref, on sent venir la suite. Il a une maîtresse, les bouquins d'Angel ne se vendent plus parce qu'elle s'est mise à écrire des trucs à peu près sérieux, bref la catastrophe survient, le fiancé se suicide, Angel est très malheureuse, etc, etc (et elle meurt à la fin).

       S'il n'y avait que cela, cette trame de roman à trois sous (et c'est cher payé), le film ne vaudrait pas grand-chose. Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est l'alternance des points de vue. Angel, en effet, a une secrétaire, Nora, la soeur du peintre. C'est une femme intelligente, qui aime et qui admire éperdument Angel. Son point de vue alterne avec celui de la jeune femme, et ce sont ces regards qui rendent l'histoire intéressante : une louche de conte de fée, une louche de réalité, sans aucune transition, jamais. Le contraste est brutal. Somme toute, le sujet de ce film, je veux parler d'Angel, est intéressant aussi. Une bonne dose de Sissi (voir la robe qu'elle porte sur l'affiche) sur un vrai caractère de chieuse, c'est assez drôle, au final, et le regard du cinéaste ne fait pas vraiment de concession à cette jeune femme. Je ne sais pas de quoi voulait parler le film, mais ma formation littéraire me force à reconnaître que le bovarysme, vraiment, est une maladie endémique : encore une victime de la littérature.  

Par Mahault
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Jeudi 12 avril 2007

       C'était hier soir. Nous étions trois mille. Assis, debout, à écouter et, parfois, à applaudir, à crier, à ovationner. François Bayrou était à Angers, j'y suis allée avec une amie, et sa maman. Bon, c'était ma première réunion politique. Je me suis découvert une âme de supporter UDF en délire, surtout sur les questions d'éducation (pas vraiment étonnant, pour une étudiante future prof), le développement, l'Europe et, à ma grande surprise, l'économie. Je me connais trop bien pour penser que j'ai tout compris, je maîtrise les quatre opérations et la règle de trois, il paraît que c'est un peu juste pour piger quelque chose au fonctionnement du budget de l'état. Mais c'était clair, à ma portée, et apparemment compréhensible par une bonne partie des gens présents.

       Bon, bah, voilà, je me trouve confortée dans mon choix, mes raisons de voter pour lui n'ont pas varié. J'en ai une de plus, même si elle est franchement accessoire : une rhétorique qui sent son latiniste. Un bonheur, au milieu des vociférations de certains candidats, du jeu sur l'affect plutôt que sur la raison, et des phrases qui s'adressent aux moins de dix ans. Je suis adulte, je veux que l'on me parle comme à une adulte. De vraies phrases, des articulations logiques, une bonne dose d'improvisation, une floppée de références culturelles, guère d'appel au sentimentalisme : voilà ce que j'appelle un discours efficace.

      Pour reprendre le slogan affiché dans le dos des jenes UDF présents, vous je ne sais pas, mais, dans dix jours, pour moi, ce sera Bayrou. Après aussi, j'espère.

Par Mahault
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